Beaucoup de gens arrivent sur une application pour arrêter de boire après avoir cherché autre chose : un remède, un médicament, une méthode qui marcherait vite. On veut un outil qui tienne le coup à 21h, pas une brochure. Une appli ne soigne rien et ne remplace pas un médecin, mais bien choisie, elle fait deux choses très concrètes : elle rend tes progrès visibles, et elle te donne quelque chose à faire au moment où l'envie monte.
Un mot d'honnêteté avant de commencer : Sober Days, c'est nous. On la met en premier, et on assume. En échange, on te dit franchement pour qui une autre appli sera un meilleur choix — c'est la seule façon pour qu'une recommandation vaille quelque chose.
Ce qu'une appli d'arrêt de l'alcool peut (et ne peut pas) faire
Une appli est un outil de suivi et de motivation. Elle compte tes jours, met des chiffres sur ce que tu récupères — argent, sommeil, matins sans angoisse — et te donne de quoi traverser un moment difficile. C'est déjà beaucoup, parce que le principal ennemi des premières semaines, c'est l'impression que rien ne bouge. Ce qu'elle ne fait pas, en revanche : gérer un sevrage physique. Si tu bois beaucoup, tous les jours, depuis longtemps, l'arrêt brutal n'est pas une affaire d'application mais de médecin — on y revient à la fin, et c'est le passage le plus important.
Comment choisir une application pour arrêter de boire
Voici les critères qui font la différence six semaines plus tard, quand la nouveauté est passée.
Ce qui reste gratuit, vraiment. La vraie question n'est pas « est-ce que l'appli est gratuite » mais « est-ce que je peux voir ma propre progression sans payer ». Certaines placent ton historique, tes statistiques ou tes jalons derrière un abonnement.
Où partent tes données. Le critère le plus négligé des comparatifs : ce que tu notes là — combien tu bois, quand tu craques, pourquoi — est le journal de santé le plus intime que tu tiendras jamais. Compte obligatoire ou pas, données sur ton téléphone ou sur un serveur, publicité, traçage : ça mérite trente secondes d'attention.
L'objectif visé. Arrêt total, réduction, ou les deux ? Une appli de « mindful drinking » et un compteur d'abstinence ne proposent pas du tout les mêmes outils, et se tromper de catégorie décourage pour rien.
Ce qu'il se passe au moment dur. À 21h, quand l'envie arrive : exercice de respiration, plan d'urgence, rappel de tes raisons — ou juste un chiffre qui te regarde ? Une envie dure rarement plus de 15 à 30 minutes ; l'appli doit t'aider à occuper cette fenêtre-là.
Le rapport à la communauté. Forum ouvert, partenaire de responsabilité, coach payant, ou volontairement rien. Certaines personnes ont besoin du groupe pour tenir, d'autres ont surtout besoin que personne ne sache. Les deux sont légitimes, et ça change tout le choix.
La langue et la place dans ton quotidien. Beaucoup des grandes applis du marché sont pensées en anglais : vérifie qu'elle parle vraiment français. Regarde aussi la plateforme et le widget d'écran d'accueil — une appli qu'on doit ouvrir exprès est une appli qu'on oublie.
Sober Days — notre recommandation
Sober Days est une appli iPhone gratuite, construite par un développeur seul — moi — précisément parce que les applis existantes demandaient un compte, un abonnement, ou les deux, pour une chose aussi simple que compter des jours.
Le principe : tu poses ta date de départ, et l'appli compte. Tes jours, l'argent que tu n'as pas dépensé, les paliers que tu franchis. Un jardin pousse au fil du temps, ce qui donne à ta progression une forme qu'on regarde autrement qu'un chiffre. Il y a des outils pour les moments d'envie, et un widget d'écran d'accueil pour que ton compteur soit là sans rien avoir à ouvrir.
Sur les deux critères qui comptent le plus à nos yeux : tes données restent sur ton téléphone, sans compte à créer, sans publicité, sans traçage. Et ta progression n'est pas derrière un paywall : compteur, historique, check-ins, journal, jardin, badges de paliers et widget restent gratuits. Puisque cet article demande aux autres de dire où est l'argent, autant le dire ici aussi : il existe un abonnement optionnel pour des extras — la rétrospective de l'année, la vue Année, des thèmes de jardin, les lettres illimitées, la sauvegarde iCloud — mais jamais pour regarder ton propre chemin. Zéro jugement non plus : un écart ne fait pas disparaître ce qui est déjà parcouru, ce dont on parle dans compter ses jours sans alcool.
Ses limites, franchement : c'est une appli iPhone, donc si tu es sur Android, regarde plutôt les options ci-dessous. Et il n'y a pas de communauté intégrée, ni forum ni fil d'actualité — c'est assumé, mais si ce qui te fait tenir c'est d'échanger avec d'autres personnes, une autre appli te servira mieux.
Si ça t'aide, Sober Days compte tes jours en silence, juste pour toi.
Les autres applications, et pour qui elles sont mieux
Sobero (par Kwit) — pour un programme en français
Éditée par Kwit, la société strasbourgeoise connue pour son appli d'arrêt du tabac, Sobero propose un programme personnalisé avec défis, missions et exercices quotidiens, le suivi de ta série de jours et une communauté. Le téléchargement est gratuit, mais l'essentiel du programme passe par un abonnement — au moment où on écrit ces lignes, la fiche App Store française affiche 9,99 € par mois ou 59,99 € par an.
Mieux pour toi si tu veux un vrai programme en français, avec une progression ludique, et que l'abonnement ne te dérange pas.
Stop-alcool — pour un accompagnement gratuit venu du soin
Issue de l'addictologie en Suisse romande (le site stop-alcool.ch) : conseils personnalisés selon ton profil, calendrier de consommation, objectifs, messages de suivi façon coach, et un forum modéré par des spécialistes. Gratuite, sans achats intégrés listés sur sa fiche App Store.
Mieux pour toi si tu veux un accompagnement gratuit adossé à des soignants plutôt qu'à une start-up. À savoir : ses repères et ses ressources sont suisses — en France, garde Alcool Info Service et ton médecin traitant.
EasyQuit (« Arrêter l'alcool ») — pour réduire progressivement
Un compteur classique, sur iPhone et Android, avec deux modes : arrêt immédiat, ou « arrêter lentement » avec réduction progressive. Statistiques santé, argent économisé, badges, rappels, et un petit jeu de mémoire pour traverser une envie. Gratuite, avec une version Pro en achat intégré.
Mieux pour toi si tu préfères lever le pied progressivement plutôt que couper net. C'est un compteur, pas un accompagnement.
I Am Sober — pour se sentir entouré
Un compteur très communautaire, sur iPhone et Android : engagement quotidien (le « daily pledge » du matin), suivi des jours et de l'argent économisé, et un fil organisé par type d'addiction et par stade de parcours. Gratuite avec achats intégrés, une partie du confort passant par l'abonnement « Sober Plus ».
Mieux pour toi si tu as besoin de lire d'autres histoires et de te sentir redevable envers un groupe. Poster suppose en revanche de confier quelque chose de très intime à des inconnus.
Nomo — pour un partenaire de responsabilité
Autant de compteurs que tu veux, pour l'alcool comme pour d'autres habitudes, avec des partenaires de responsabilité nommés, une messagerie privée, un mur d'encouragements et des jalons. Gratuite, sur iPhone et Android, créée par une personne en rétablissement.
Mieux pour toi si tu préfères une personne précise à qui rendre des comptes plutôt qu'un forum anonyme. Le design a vieilli face aux applis récentes.
Reframe — pour un programme guidé (payant)
Un programme structuré de réduction de l'alcool : tâches quotidiennes, cours vidéo, boîte à outils anti-envie, tracker et communauté. Abonnement annuel uniquement, avec 7 jours d'essai ; au moment où on écrit ces lignes, la page d'aide officielle indique environ 100 $ par an en moyenne, et le coaching humain est facturé en supplément.
Mieux pour toi si tu veux un cadre jour après jour plutôt qu'un compteur, et que tu acceptes de payer à l'année.
Sunnyside — pour boire moins, pas pour arrêter
Une appli de « mindful drinking » : plan hebdomadaire personnalisé, journal de consommation par SMS, analyses de progression, option de coaching humain. Le site est explicite, il n'y a « aucune pression pour arrêter ». Abonnement payant après 15 jours d'essai : au moment où on écrit ces lignes, une formule Basic à 99 $ par an et une formule avec coach à 298 $ par an.
Mieux pour toi si ton objectif est de boire nettement moins sans arrêter complètement. Si tu vises zéro alcool et un compteur de jours, l'outil n'est pas calibré pour ça.
Try Dry — pour un défi « mois sans alcool »
L'appli officielle du Dry January, éditée par l'association caritative britannique Alcohol Change UK : suivi des unités, calories et argent économisé, objectifs, badges et quiz santé. Entièrement gratuite, sa fiche App Store n'indiquant ni publicité ni achats intégrés.
Mieux pour toi si tu veux un outil financé par une association plutôt que par un abonnement. Réserve : les unités sont très britanniques et la fiche App Store américaine ne liste que l'anglais — ne compte pas sur une version française.
Ce que tu peux faire ce soir
Installe une seule application pour arrêter de boire, pas quatre : empiler les outils donne l'illusion d'avancer. Choisis-la selon ton objectif réel, arrêt total ou réduction. Puis fais trois choses dans les cinq premières minutes — pose ta date de départ, écris quelque part tes raisons personnelles (tu les reliras à 21h un mauvais soir), et mets le compteur là où tu le vois sans le chercher.
Enfin, donne-lui deux semaines avant de juger. Pour savoir à quoi t'attendre, ce qui se passe dans ton corps quand tu arrêtes l'alcool donne des repères jour par jour. Et si tu n'es pas encore sûr d'avoir besoin d'arrêter, commence plutôt par est-ce que je bois trop.
Quand une appli ne suffit pas
Si tu bois beaucoup tous les jours depuis longtemps, n'arrête pas d'un coup tout seul. Un sevrage brutal peut provoquer des symptômes dangereux — tremblements sévères, sueurs importantes, confusion, hallucinations, accélération du cœur, convulsions. Ce sont des urgences médicales : dans ce cas, appelle le 15 (ou le 112). Un sevrage préparé avec un médecin, parfois avec un traitement, est plus sûr et souvent plus confortable qu'un arrêt en solitaire. On décrit ailleurs les symptômes de sevrage, mais l'évaluation revient à un professionnel.
Parles-en à ton médecin traitant ou à un addictologue. Pour un premier échange anonyme et gratuit, Alcool Info Service répond au 0 980 980 930, 7 jours sur 7. Et pour situer ta consommation, les repères de Santé publique France sont simples : pas plus de 10 verres par semaine, pas plus de 2 verres par jour, et des jours sans. Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.
Aucune appli n'arrête de boire à ta place. Ce qu'une bonne appli fait, c'est te rappeler chaque matin que le travail que tu fais existe — et te tendre quelque chose quand la soirée devient longue. Choisis celle qui te ressemble, et laisse-la compter quelques jours.
Sources



